Amortissement Linéaire, Dégressif et par Composants

L’amortissement traduit la perte de valeur d’une immobilisation sur sa durée d’utilisation. Trois méthodes coexistent en comptabilité française : le linéaire, le dégressif et l’approche par composants. Chacune répond à une logique économique différente — et le choix a un impact direct sur le résultat et la fiscalité.

Analyst Tip — L’amortissement dégressif est un avantage fiscal : il accélère la charge les premières années, ce qui réduit l’impôt à court terme. Mais attention, il n’est applicable qu’à certains biens neufs et sous conditions fiscales strictes.

Qu’est-ce que l’amortissement en comptabilité ?

L’amortissement est la répartition systématique du coût d’un actif immobilisé sur sa durée d’utilité. Il constate comptablement l’usure, l’obsolescence ou la consommation des avantages économiques d’un bien. L’amortissement est obligatoire pour toute immobilisation corporelle ou incorporelle à durée de vie déterminée, conformément au Plan Comptable Général (PCG).

Le montant amortissable correspond au coût d’acquisition (ou de production) diminué de la valeur résiduelle estimée. La dotation aux amortissements constitue une charge au compte de résultat, sans décaissement de trésorerie.

L’amortissement linéaire : méthode de base

Principe et calcul

L’amortissement linéaire répartit le montant amortissable de manière constante sur la durée d’utilisation. C’est la méthode par défaut en comptabilité française.

FORMULE Annuité = Base amortissable ÷ Durée d’utilisation

EXEMPLE

Une machine est acquise 60 000 € HT le 1er janvier. Durée d’utilisation : 5 ans. Valeur résiduelle : 0 €.

Annuité = 60 000 € ÷ 5 = 12 000 € / an

Taux linéaire = 100 % ÷ 5 = 20 % par an. Si l’acquisition a lieu en cours d’année, on applique un prorata temporis en jours (base 360).

Écritures comptables

CompteLibelléDébitCrédit
6811Dotation aux amortissements des immobilisations12 000
2815Amortissement des installations techniques12 000

L’écriture est passée lors des opérations d’inventaire à la clôture de chaque exercice.

L’amortissement dégressif : avantage fiscal

Principe et conditions

L’amortissement dégressif est un dispositif fiscal qui permet de constater des charges plus importantes les premières années. Il s’applique aux biens neufs dont la durée d’utilisation est d’au moins 3 ans, et uniquement pour certaines catégories (matériel industriel, outillage, matériel de transport, etc.).

Le taux dégressif est obtenu en multipliant le taux linéaire par un coefficient fiscal :

Durée d’utilisationCoefficient fiscal
3 à 4 ans1,25
5 à 6 ans1,75
Plus de 6 ans2,25
FORMULE Annuité dégressive = VNC début d’exercice × Taux dégressif

Exemple chiffré

EXEMPLE

Machine acquise 60 000 € HT le 1er janvier. Durée : 5 ans. Coefficient : 1,75.

Taux dégressif = 20 % × 1,75 = 35 %

Tableau d’amortissement dégressif :

AnnéeVNC débutAnnuité dégressiveAnnuité linéaire résiduelleDotation retenue
160 00021 00012 00021 000
239 00013 65013 00013 650
325 3508 8738 4508 873
416 4775 7678 2398 239
58 2382 8838 2388 238

Quand l’annuité linéaire calculée sur la VNC résiduelle dépasse l’annuité dégressive, on bascule en linéaire pour les exercices restants.

L’amortissement par composants

Principe

Depuis le règlement CRC 2002-10, le PCG impose de décomposer un actif en composants distincts lorsque ces éléments ont des durées d’utilisation significativement différentes. Chaque composant est amorti séparément selon sa propre durée.

Cette méthode concerne principalement les immobilisations complexes : bâtiments (structure, toiture, installations techniques, agencements), avions, navires, installations industrielles.

Exemple : immeuble de bureaux

ComposantValeurDuréeAnnuité
Structure600 000 €40 ans15 000 €
Toiture120 000 €20 ans6 000 €
Installations électriques80 000 €15 ans5 333 €
Ascenseur200 000 €25 ans8 000 €
Total1 000 000 €34 333 €

Le remplacement d’un composant est traité comme une sortie de l’ancien et une entrée du nouveau, avec reprise de l’amortissement correspondant.

Comparaison des trois méthodes

CritèreLinéaireDégressifPar composants
Répartition de la chargeConstanteDécroissanteVariable par composant
Base de calculCoût d’acquisitionVNC début exerciceCoût de chaque composant
ApplicationToutes immobilisationsBiens neufs éligiblesActifs décomposables
Avantage fiscalNonOui (charges anticipées)Non spécifiquement
Obligation PCGMéthode par défautOption fiscaleObligatoire si applicable

Impact sur le bilan et le résultat

L’amortissement réduit la valeur nette comptable (VNC) de l’actif au bilan et augmente les charges d’exploitation au compte de résultat. Le choix de la méthode affecte directement le résultat net, donc la capacité d’autofinancement et la base imposable.

En analyse financière, les dotations aux amortissements sont ajoutées au résultat net pour calculer la CAF, car elles ne correspondent à aucun décaissement. Le choix du dégressif améliore mécaniquement la trésorerie les premières années via une économie d’impôt.

À retenir — L’amortissement par composants et le linéaire sont des obligations comptables. Le dégressif est une option fiscale. Les deux peuvent coexister : amortissement comptable en linéaire + amortissement fiscal en dégressif, avec un amortissement dérogatoire pour la différence.

L’amortissement dérogatoire

Lorsqu’une entreprise applique le dégressif fiscal tout en retenant le linéaire en comptabilité, la différence entre les deux dotations est enregistrée en amortissement dérogatoire. C’est une provision réglementée inscrite en capitaux propres au bilan.

CompteLibelléDébitCrédit
6872Dotation aux amortissements dérogatoires9 000
145Amortissements dérogatoires9 000

En fin de durée, quand l’annuité fiscale devient inférieure à l’annuité comptable, on reprend l’amortissement dérogatoire (écriture inverse : débit 145 / crédit 7872).

Résumé — Les points clés

  • Le linéaire est la méthode par défaut : charge constante chaque année
  • Le dégressif accélère l’amortissement les premières années — avantage fiscal pour biens neufs éligibles
  • L’approche par composants est obligatoire quand un actif comprend des éléments à durées de vie différentes
  • L’amortissement dérogatoire réconcilie les approches comptable et fiscale
  • Impact direct sur le résultat net, la CAF et la trésorerie via l’économie d’impôt

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre amortissement linéaire et dégressif ?

Le linéaire répartit la charge de façon constante sur la durée d’utilisation. Le dégressif applique un taux majoré sur la valeur nette comptable résiduelle, ce qui génère des charges plus élevées les premières années et plus faibles ensuite. Le dégressif est un avantage fiscal réservé aux biens neufs éligibles.

L’amortissement par composants est-il obligatoire ?

Oui, le PCG impose la décomposition dès lors qu’un actif comprend des éléments significatifs ayant des durées d’utilisation différentes. C’est le cas typiquement des immeubles, des avions ou des installations industrielles complexes.

Comment fonctionne le prorata temporis ?

En linéaire, si l’acquisition a lieu en cours d’exercice, la première annuité est calculée au prorata du nombre de jours entre la date de mise en service et la clôture (base 360 jours). En dégressif, le prorata se calcule en mois entiers à partir du premier jour du mois d’acquisition.

Qu’est-ce que l’amortissement dérogatoire ?

C’est la différence entre l’amortissement fiscal (dégressif) et l’amortissement comptable (linéaire). Il est inscrit en provision réglementée dans les capitaux propres au bilan, puis repris quand l’amortissement fiscal devient inférieur au comptable.

Peut-on changer de méthode d’amortissement en cours de vie d’un actif ?

Un changement de méthode est possible mais constitue un changement d’estimation comptable. Il doit être justifié par une modification dans le rythme de consommation des avantages économiques et appliqué de manière prospective conformément au PCG.