Ratios Bâle III : CET1, Tier 1, Leverage et Liquidité

Définition : Bâle III est le cadre réglementaire international imposant aux banques des ratios minimum de fonds propres, de levier et de liquidité. Adopté après la crise de 2008, il vise à renforcer la solidité du système bancaire en obligeant les établissements à détenir suffisamment de capital pour absorber les pertes.

Les ratios de fonds propres

RatioFormuleMinimum réglementaireCible GSIB
CET1 (Common Equity Tier 1)Fonds propres durs / RWA4,5 %9-12 %
Tier 1(CET1 + AT1) / RWA6,0 %11-14 %
Ratio total de capitalFonds propres totaux / RWA8,0 %13-16 %
Ratio de levierTier 1 / Exposition totale3,0 %3,5-5 %

CET1 : le ratio roi

Le CET1 (Common Equity Tier 1) est le ratio le plus scruté par les marchés et les régulateurs. Il mesure les fonds propres de la plus haute qualité (actions ordinaires + réserves) rapportés aux actifs pondérés par les risques (RWA). Plus ce ratio est élevé, plus la banque peut absorber de pertes avant de faire appel aux déposants ou à l’État.

Au minimum réglementaire de 4,5 % s’ajoutent des coussins obligatoires : coussin de conservation (2,5 %), coussin contracyclique (0-2,5 % selon le cycle), et surcharge G-SIB pour les banques systémiques (1-3,5 %). En pratique, une grande banque française vise un CET1 de 12-14 %.

RWA : l’actif pondéré par les risques

Le dénominateur des ratios de capital est le RWA (Risk-Weighted Assets). Chaque actif est pondéré selon son risque : 0 % pour les obligations d’État AAA, 20-50 % pour les prêts hypothécaires, 100 % pour les crédits aux entreprises, 150 % pour les actifs spéculatifs. Un crédit immobilier de 100 000 € pondéré à 35 % ne pèse que 35 000 € en RWA.

Les ratios de liquidité

RatioObjectifMinimumHorizon
LCR (Liquidity Coverage Ratio)Résister à un stress de liquidité100 %30 jours
NSFR (Net Stable Funding Ratio)Équilibre structurel du financement100 %1 an

LCR : survivre 30 jours de crise

Le LCR impose aux banques de détenir suffisamment d’actifs liquides de haute qualité (HQLA — cash, obligations d’État) pour couvrir les sorties nettes de trésorerie sur 30 jours en scénario de stress. Un LCR de 150 % signifie que la banque peut couvrir 1,5 fois ses sorties de cash anticipées en crise.

NSFR : la stabilité du financement

Le NSFR vérifie que les financements stables (dépôts, dette long terme) couvrent les besoins de financement stables (crédits long terme). Il limite la transformation excessive de maturités qui avait fragilisé Northern Rock ou Dexia en 2008.

Ratios des grandes banques françaises

BanqueCET1Ratio de levierLCR
BNP Paribas13,2 %4,4 %132 %
Société Générale13,3 %4,2 %145 %
Crédit Agricole11,7 %3,9 %157 %
BPCE (Natixis)15,5 %5,1 %148 %

Données indicatives à titre pédagogique. Consultez les rapports Pilier 3 des banques pour les chiffres exacts.

Toutes les grandes banques françaises dépassent confortablement les minima réglementaires. Leurs ratios se comparent favorablement aux banques américaines, qui opèrent sous un cadre Bâle III moins strict (les US n’ont pas intégralement transposé Bâle III). Pour une analyse plus large des ratios financiers, consultez notre fiche dédiée.

Analyst Tip : Le CET1 seul ne suffit pas. Regardez aussi le ratio de levier (qui ne pondère pas les risques) et le LCR (qui mesure la liquidité). Une banque avec un CET1 élevé mais un LCR faible peut quand même faire face à une crise de liquidité — c’est exactement ce qui est arrivé à SVB en 2023.

⚡ L’essentiel à retenir

  • CET1 (ratio de fonds propres durs) : minimum 4,5 %, cible pratique 12-14 % pour les G-SIB
  • Ratio de levier : minimum 3 %, mesure non pondérée par les risques
  • LCR : minimum 100 %, capacité à résister à 30 jours de stress de liquidité
  • NSFR : minimum 100 %, stabilité structurelle du financement
  • Les banques françaises dépassent largement les minima réglementaires

Questions fréquentes

Que signifie G-SIB ?

G-SIB (Global Systemically Important Bank) désigne les banques d’importance systémique mondiale. En France, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et BPCE sont classées G-SIB. Elles doivent respecter des exigences de capital supplémentaires (surcharge G-SIB de 1 à 3,5 %) car leur faillite aurait des conséquences systémiques.

Pourquoi les RWA sont-ils controversés ?

Les banques utilisant les modèles internes (IRB) peuvent optimiser leurs RWA, ce qui gonfle artificiellement leurs ratios de capital. Deux banques avec le même bilan peuvent afficher des CET1 très différents selon leurs modèles de pondération. Bâle III finalisation (Bâle 3.1) introduit un « output floor » à 72,5 % pour limiter cet écart.

Qu’est-ce que le coussin contracyclique ?

C’est un matelas de capital supplémentaire (0 à 2,5 % du RWA) activé par les autorités en période d’expansion du crédit et relâché en période de crise. En France, le HCSF (Haut Conseil de Stabilité Financière) fixe son niveau. Il permet aux banques de puiser dans leurs réserves quand l’économie ralentit.

La faillite de SVB était-elle un échec de Bâle III ?

Pas directement. SVB (Silicon Valley Bank) n’était pas soumise aux exigences complètes de Bâle III aux États-Unis (exemption pour les banques régionales). Sa faillite en 2023 était due à un risque de taux non couvert et à une concentration de déposants non assurés — exactement le type de vulnérabilité que le LCR et le NSFR visent à prévenir.

Bâle III est-il pleinement appliqué ?

La dernière phase de Bâle III (dite « Bâle 3.1 » ou « Bâle III endgame ») est en cours de transposition. L’UE l’applique progressivement via le règlement CRR3 (entrée en vigueur janvier 2025). Les États-Unis ont reporté leur transposition suite aux critiques des banques. L’application complète est attendue d’ici 2028-2030 selon les juridictions.

Les informations présentées sur cette page sont fournies à titre éducatif et ne constituent pas un conseil en investissement.