Fiscalité de l’Assurance Vie : Le Guide Complet des Rachats et Abattements

Principe clé : En assurance vie, seuls les gains (plus-values et intérêts) sont imposés lors d’un rachat, jamais le capital versé. La fiscalité s’allège avec le temps, avec un seuil majeur à 8 ans de détention du contrat.

La règle fondamentale : seuls les gains sont taxés

Lors d’un rachat (retrait), l’assureur calcule la part de gains incluse dans le montant retiré. C’est uniquement cette fraction qui est imposée. Si votre contrat contient 100 000 € dont 20 000 € de gains, un rachat de 10 000 € ne sera imposé que sur 2 000 € de gains (proportionnellement).

ASSIETTE IMPOSABLE D’UN RACHAT Gains taxables = Montant racheté × (Total des gains ÷ Valeur totale du contrat)

Fiscalité selon la durée de détention

Versements effectués après le 27 septembre 2017

C’est le régime qui s’applique à la grande majorité des épargnants aujourd’hui.

Durée du contratOption 1 : PFU (flat tax)Option 2 : Barème IR + PS
Moins de 8 ans30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS)Barème progressif + 17,2 % PS
8 ans et plus (encours < 150 000 €)24,7 % (7,5 % IR + 17,2 % PS)*Barème progressif + 17,2 % PS*
8 ans et plus (encours > 150 000 €)30 % sur la part excédant 150 000 €Barème progressif + 17,2 % PS*

* Avec abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple marié/pacsé) sur les gains.

L’abattement de 4 600 € / 9 200 € : comment l’exploiter

Après 8 ans, cet abattement s’applique chaque année sur les gains retirés. Concrètement, si vous ne retirez que des gains dans la limite de l’abattement, vous ne payez que les prélèvements sociaux de 17,2 %. C’est une stratégie puissante pour décapitaliser progressivement sans fiscalité significative.

EXEMPLE — RACHAT APRÈS 8 ANS

Contrat de 200 000 € dont 60 000 € de gains (versements : 140 000 €). Personne seule.

Rachat de 30 000 €
Part de gains dans le rachat : 30 000 × (60 000 / 200 000) = 9 000 €
Abattement : 4 600 €
Base imposable : 9 000 − 4 600 = 4 400 €
IR à 7,5 % : 4 400 × 7,5 % = 330 €
PS à 17,2 % sur 9 000 € : 1 548 €
Total imposé : 1 878 € soit 6,3 % du rachat

Les prélèvements sociaux : 17,2 % incontournables

Les prélèvements sociaux (CSG-CRDS) de 17,2 % s’appliquent sur tous les gains, sans abattement ni exception. Sur le fonds euros, ils sont prélevés chaque année au moment de l’inscription des intérêts (prélèvement au fil de l’eau). Sur les UC, ils ne sont prélevés qu’au moment du rachat.

PFU ou barème de l’IR : quel choix faire ?

Le choix se fait chaque année au moment de la déclaration de revenus. Le barème progressif est plus avantageux si votre taux marginal d’imposition est inférieur à 12,8 % (tranche à 11 %). Dans ce cas, vous payez 11 % + 17,2 % = 28,2 % au lieu de 30 %. Le barème est global : il s’applique à tous vos revenus de capitaux mobiliers de l’année.

Analyst Tip : Pour maximiser l’efficacité de l’abattement après 8 ans, planifiez vos rachats. Plutôt qu’un gros retrait ponctuel, étalez vos rachats sur plusieurs années pour utiliser l’abattement de 4 600 € / 9 200 € chaque année. Sur un contrat avec 50 000 € de gains, cette stratégie peut économiser plusieurs milliers d’euros d’impôt.

Fiscalité en cas de décès

La fiscalité successorale de l’assurance vie est distincte de celle des rachats. Elle dépend de la date des versements (avant ou après 70 ans) et bénéficie d’abattements spécifiques. Consultez notre guide détaillé sur l’assurance vie et succession.

Les cas d’exonération totale

Certaines situations permettent un rachat totalement exonéré d’IR (les PS restent dus) :

  • Licenciement du souscripteur ou de son conjoint — exonération sur le rachat effectué avant la fin de l’année suivant le licenciement.
  • Mise en retraite anticipée — dans les mêmes conditions.
  • Invalidité de catégorie 2 ou 3 du souscripteur ou de son conjoint.
  • Liquidation judiciaire — pour les travailleurs indépendants.

📌 L’essentiel à retenir

  • Seuls les gains sont imposés, jamais le capital versé
  • Avant 8 ans : PFU à 30 % (ou barème IR + 17,2 % PS)
  • Après 8 ans : abattement de 4 600 € / 9 200 € puis taux réduit de 7,5 % (sous 150 000 € d’encours)
  • Les PS de 17,2 % s’appliquent toujours, sans abattement
  • Étalez vos rachats pour exploiter l’abattement annuel à plein

Questions fréquentes

Faut-il déclarer son assurance vie aux impôts ?

L’existence du contrat n’est pas à déclarer (sauf s’il est détenu à l’étranger). En revanche, les gains réalisés lors d’un rachat doivent être déclarés dans la déclaration de revenus. L’assureur transmet un IFU (Imprimé Fiscal Unique) qui facilite la déclaration.

Les arbitrages sont-ils imposés ?

Non. Un arbitrage (transfert entre supports au sein du même contrat) n’est pas un événement fiscal. Vous pouvez réallouer entre fonds euros et UC sans déclencher d’imposition. Seul un rachat (retrait d’argent du contrat) génère une imposition.

Comment est calculée l’ancienneté fiscale du contrat ?

L’ancienneté court à partir de la date de souscription du contrat, pas de la date des versements. Un contrat ouvert il y a 10 ans avec un versement effectué hier bénéficie de l’antériorité de 10 ans pour la partie gains de ce nouveau versement. D’où l’intérêt d’ouvrir un contrat le plus tôt possible, même avec un versement minimal.

Le seuil de 150 000 € s’applique-t-il par contrat ?

Non. Le seuil de 150 000 € s’apprécie globalement, sur l’ensemble des contrats d’assurance vie détenus par un même assuré. C’est le total des versements nets (versements − rachats) sur tous les contrats qui est comparé à ce seuil.

Peut-on choisir le PFU pour l’assurance vie et le barème pour les autres revenus ?

Non. Le choix entre PFU et barème progressif est global : il s’applique à l’ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers de l’année (dividendes, intérêts, plus-values). Vous ne pouvez pas panacher. L’option pour le barème se fait sur la déclaration de revenus.

Les informations présentées sont fournies à titre éducatif et ne constituent pas un conseil fiscal. La fiscalité est susceptible d’évoluer. Consultez un conseiller fiscal ou un CGP pour une analyse personnalisée de votre situation.